Tribune libre

Crise des gouvernances

De quelque côté que l’on regarde, un constat s’impose : le monde n’est plus gouverné. A l’heure de la société globalisée, celui-ci est devenu une nouvelle jungle qui a ressuscité la guerre de tous contre tous. Plus près de nous, la construction tant vantée de l’Europe n’est en fait qu’un rassemblement d’Etats en désaccord sur tout et sur le plan intérieur la crainte du chaos gagne chaque jour du terrain.

L’exaspération sera à son comble si l’on croit qu’il en est ainsi parce que les sociétés seraient devenues ingouvernables. Dans une telle perspective, la crise généralisée des gouvernances serait l’expression d’une nouvelle ruse de l’histoire. Celle-ci serait parvenue à déposséder l’humanité de la maîtrise de son destin sous couvert de la globalisation des sociétés. Les apparences accréditent cette thèse mais comme toujours les apparences sont trompeuses. La fatalité en effet est moins le reflet de l’impuissance que celui du renoncement.

Au plan mondial, l’idéologie de la déréglementation impose sa loi avec cynisme. Les discussions en cours sur le traité transatlantique de libre échange en sont une démonstration à grande échelle. Conduites dans une opacité rarement égalée, elles sont un affront aux règles de vie démocratiques. Sur le fond, elles vantent le mirage d’un grand marché de 800 millions d’habitants en ignorant la réalité des conditions de vie de ces mêmes personnes trop souvent réduites au fantôme de consommateurs virtuels.

Les Etats donnent aussi le sentiment de faire preuve d’une négligence bienveillante face à l’annonce de leur probable démantèlement. Le projet de traité fait l’apologie d’un monde où les entreprises pourraient assigner ces derniers en justice, au motif que les normes sanitaires, sociales ou environnementales seraient des obstacles. Quel progrès ! Ces mêmes entreprises devraient pouvoir pour leur part échapper aux juridictions nationales sur la base de procédures d’arbitrage jugées plus souples. La main invisible d’Adam Smith est de retour mais pour tordre le bras des Etats au motif qu’ils seraient l’origine du problème et le principal obstacle à l’avènement d’une société dans laquelle les intérêts particuliers auraient vocation à enterrer la notion d’intérêt général, définitivement renvoyé au magasin des accessoires inutiles.

Fraternité essonnienne universelle

Loge maçonnique du Grand Orient de France

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